Le souffle partagé (Shared spirit)

1. An echo of the Letter to Ella:

All appeared new, and strange at first, inexpressibly rare and delightful and beautiful. I was a little stranger, which at my entrance into the world was saluted and surrounded with innumerable joys. My knowledge was Divine. I knew by intuition those things which since my Apostasy, I collected again by the highest reason. My very ignorance was advantageous. I seemed as one brought into the Estate of Innocence. All things were spotless and pure and glorious: yea, and infinitely mine, and joyful and precious, I knew not that there were any sins, or complaints or laws. I dreamed not of poverties, contentions or vices. All tears and quarrels were hidden from mine eyes. Everything was at rest, free and immortal. I knew nothing of sickness or death or rents or exaction, either for tribute or bread. In the absence of these I was entertained like an Angel with the works of God in their splendour and glory, I saw all in the peace of Eden; Heaven and Earth did sing my Creator’s praises, and could not make more melody to Adam, than to me: All Time was Eternity, and a perpetual Sabbath. Is it not strange, that an infant should be heir of the whole World, and see those mysteries which the books of the learned never unfold?

Thomas Traherne  (‘Centuries of Meditations’)

Un écho de la Lettre à Ella: 

Tout m’apparut étrangement neuf, d’une rareté inexprimable, délicieux, magnifique. J’étais un nouveau-né étranger à ce monde, salué et entouré de clameurs joyeuses. Divine était ma connaissance. Je savais intuitivement ces secrets qu’une raison supérieure me fit découvrir aprés mon apostasie. Mon ignorance était un privilège ouvrant les portes du royaume d’Innocence. Tout était pur, sans taches, lumineux, joyeux, précieux, offert. J’étais ignorant du péché, de la plainte ou des lois. La pauvreté, la contrainte ou le vice m’étaient étrangers. On me cachait les larmes et les querelles. Tout était au repos, libre, immortel. Les maladies, la mort, les exactions, l’argent pour le pain ou un salaire m’étaient épargnés. Protégè comme le serait un ange, je prenais part au grand oeuvre, à sa splendeur et à sa gloire, je participais à la paix de l’Eden; le ciel et la terre chantaient, célèbraient mon créateur, et ce chant, pour Adam, n’aurait pas été plus mélodieux. Le temps n’était plus, je vivais un perpétuel Sabbath. N’est-il pas étrange qu’un nouveau-né puisse hériter du monde et contempler ces mystères que les livres savants ne sauraient pénétrer ?

Proposé par Clarisse Minassian (Londres)

2. A propos d’Emily Dickinson, co-inspiratrice du recueil:

Emily Dickinson

“Bien avant d’être une manière d’écrire, la poésie est une façon d’orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l’invisible. Le pain d’épice qu’elle cuit et qu’elle fait descendre dans un panier au bout d’une corde, de sa chambre à la rue où les enfants le mangent, le soin têtu qu’elle prend de ses rosiers et sa patience ailée devant la tyrannique langueur de sa mère - tout est pour Emily une occasion d’exercer cette empathie qui est la source claire du génie.”

Extrait de “La Dame Blanche” par Christian Bobin (Ed. Gallimard)

En savoir plus sur Emily Dickinson:

http://www.franceweb.fr/poesie/disckin1.htm et

http://www.jose-corti.fr/auteursromantiques/dickinson.html

 3. Vivre et écrire:

” … A l’église Saint-Henri-du-Creusot, dans la pénombre d’une chapelle couvant une odeur de glaïeuls pourissants, entre une madone qui louche et une croix à laquelle s’accroche le lourd chignon d’une toile d’araignée, un apôtre tient un livre sur lequel un enfant marche pieds nus. J’ai été cet enfant. Comme lui, j’ai marché sur le sable des phrases dans le désert des heures. J’ai rarement trouvé dans mes lectures autant de joie que devant la page d’un champ de blé enluminée par le soleil: la vie a une écriture d’une délicatesse incomparable. Elle travaille chaque détail, les éclipses de l’âme sur un visage, le fracas de la lumière sur une rose - ou ces trois citrons jaune vif devant moi sur la table, en ardente conversation dans une assiette cerclée d’or: trois solitaires de Port-Royal devisant sur la grâce, dans un entretien qui ne peut avoir de fin puisqu’à propos du ciel, personne n’aura jamais le dernier mot…”

Christian Bobin

Christian Bobin (chronique de Mars-Avril 2008, Les différentes régions du ciel)

“… Un jour à Lodz je vis de trés jeunes Polonaises, des fleurs enveloppées dans du papier journal dans une main, un sac à provisions dans l’autre, entrer dans une église quelques instants et en ressortir radieuses, confirmées dans leur insouciance. La poésie est cette joie surprise au point de rencontre de l’éternel et de l’éphémère, quelque chose de si fragile que cela devient invincible….. Ce qu’on appelle poésie est l’âme surprise à son point de source, une lumière qui ne s’éteint jamais. Elle rend la vie inoubliable. Elle parle de notre mort future comme on s’adresse à une petite fille fiévreuse, en passant doucement la main sur son front et en lui parlant de chose secrètes et calmes….. La poésie pénètre au coeur de tout. Son art est fin et brutal. Rien ne lui échappe. Sa main arrache la serviette blanche devant notre visage, cherche quelque chose de pur dans nos yeux, de vivant dans nos âmes, d’éblouissant dans notre mort.

CB (Chronique de Mai-Juin 2008)

 4. Lettre à Christian Bobin

Cher CB,

De ci de là je me surprends à imaginer vos jours ordinaires et je pense à cette belle image de Maurice Maeterlinck lorsqu’il exhorte le généreux à ne pas donner l’huile de sa lampe mais la flamme qui la couronne. Vous le faites et je m’en réjouis sans réserve et je me sens comblé.

Que vous ayez su marcher sur vos terres toutes ces années, creuser le sillon, le féconder de votre sang, de vos larmes et de vos joies, que vous ayez pu récolter la moisson de vos livres, la donner en partage aux chalands me suffit et m’enchante au delà de ce que l’on peut espérer d’un ami.

Permettez-moi seulement de vous donner parfois de mes bonnes nouvelles comme des présents qui n’attendent en retour que la joie simple de celui qui reçoit.

Prenez soin de votre huile car pour nous la lumière.

MB

 

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Published in:Uncategorized ||on avril 13th, 2008 |

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