Flâneries (40) au pays des Muses, Tome 1 (Strolling with the Muses)
“Par la grâce poétique l’étincelle du divin vit à jamais dans le silex humain.” SAINT-JOHN PERSE
La danse des étoiles de Ernst Barlach
Merci à tous ceux qui contribuent à enrichir cette page par leurs flâneries au pays des Muses. Adresser vos contributions à marc.bouriche@wanadoo.fr
Thankyou to all of you who are contributing to that page with your own strolling in the garden of the Muses. Send your entries to marc.bouriche@wanadoo.fr
SOMMAIRE DES FLÂNERIES, Tome 1
1: Un écho de la Lettre à Ella. 2: A propos d’Emily Dickinson. 3: Vivre et Ecrire par Christian Bobin. 4: Lettre à Christian Bobin. 5: Lettre de Paola Juvénal. 6: “Ithaque” Poème de Constantin Cavafy. 7: “La fièvre Océane” de John Masefield. 8: ” Hermann Hesse, “Transformations”. 9: “Ode au berger”, Chant Basque par Xabier Lete. 10: MM Davy, “Ascension”. 11: EE Cummings et la mer. 12: Un poème de Rumi. 13: “Efforce-toi de garder pour toi-même le secret de ton amour”. 14: “Les Fenêtres” de Charles Baudelaire. 15: Marianne Williamson sur la peur. 16: Les Oiseaux. 17: Les Vagues et la mer. 18: Fabienne Verdier et JS Bach. 19: Du coté du Japon. 20: Au pays de la Belle Solitude avec Jacqueline kelen. 21: Le Monde d’Ernst Barlach. 22: Il s’appelait François et conversait avec les créatures. 23: Michel Eyquem de Montaigne nous écrit de sa tour Aquitaine. 24: Christian Bobin nous parle au retour de sa promenade dans les jardins du ciel. 25: “N’oublie pas les chevaux écumants du passé” avec Christiane Singer. 26: Lettre de Paola Juvénal. 27: Amsterdam aux portes de l’Automne. 28: “La pesanteur et la Grâce” avec Simone Weil. 29: Pour une Lecture poétique du monde, Hommage à JMG Le Clézio. 30: Emile Chartier dit “Alain”. 31: “Calm Sailing”. 32: “Songs of coming home”. 33: “L’Evangile du Gitan” avec Jean-Marie Kerwich. 34: L’expérience poétique: Interview de Magda Carneci, poétesse Roumaine vivant à Paris. 35: Etty Hillesum, “De la lumière qui parle” par Yann Moix. 36: “Why should we suffer” by Andrew Powell. 37: Patagonie, Terre de feu, Cap Horn, voile extrême. 38: “Les trois sauvages” de T.S. Eliot, poème offert par Ruth Atkins, Californie…. extraits.. 39: Accents élégiaques… sur les hauteurs de Duino, R.M. Rilke. 40: Un extrait de la Lettre à Audrey & la Lettre à Pauline (Version intégrale), MB.

1. An echo of the Letter to Ella (offert par Clarisse Minassian, Londres) Traduction Française aprés le texte Anglais:
All appeared new, and strange at first, inexpressibly rare and delightful and beautiful. I was a little stranger, which at my entrance into the world was saluted and surrounded with innumerable joys. My knowledge was Divine. I knew by intuition those things which since my Apostasy, I collected again by the highest reason. My very ignorance was advantageous. I seemed as one brought into the Estate of Innocence. All things were spotless and pure and glorious: yea, and infinitely mine, and joyful and precious, I knew not that there were any sins, or complaints or laws. I dreamed not of poverties, contentions or vices. All tears and quarrels were hidden from mine eyes. Everything was at rest, free and immortal. I knew nothing of sickness or death or rents or exaction, either for tribute or bread. In the absence of these I was entertained like an Angel with the works of God in their splendour and glory, I saw all in the peace of Eden; Heaven and Earth did sing my Creator’s praises, and could not make more melody to Adam, than to me: All Time was Eternity, and a perpetual Sabbath. Is it not strange, that an infant should be heir of the whole World, and see those mysteries which the books of the learned never unfold?
Thomas Traherne (‘Centuries of Meditations’)
Quand le Temps est éternité de Ernst Barlach
Un écho de la Lettre à Ella:
Tout m’apparut étrangement neuf, d’une rareté inexprimable, délicieux, magnifique. J’étais un nouveau-né étranger à ce monde, salué et entouré de clameurs joyeuses. Divine était ma connaissance. Je savais intuitivement ces secrets qu’une raison supérieure me fit découvrir aprés mon apostasie. Mon ignorance était un privilège ouvrant les portes du royaume d’Innocence. Tout était pur, sans taches, lumineux, joyeux, précieux, offert. J’étais ignorant du péché, de la plainte ou des lois. La pauvreté, la contrainte ou le vice m’étaient étrangers. On me cachait les larmes et les querelles. Tout était au repos, libre, immortel. Les maladies, la mort, les exactions, l’argent pour le pain ou un salaire m’étaient épargnés. Protégè comme le serait un ange, je prenais part au grand oeuvre, à sa splendeur et à sa gloire, je participais à la paix de l’Eden; le ciel et la terre chantaient, célèbraient mon créateur, et ce chant, pour Adam, n’aurait pas été plus mélodieux. Le temps n’était plus, je vivais un perpétuel Sabbath. N’est-il pas étrange qu’un nouveau-né puisse hériter du monde et contempler ces mystères que les livres savants ne sauraient pénétrer ?
2. A propos d’Emily Dickinson, co-inspiratrice du recueil:
“Il est une solitude d’espace Une solitude de mer Une solitude de mort, mais elles sont Socièté encore…” ED

“N’approche de trop près la maison d’une rose”… ED
“N’essaie de lier le papillon”… ED

Water is taught by thirst
Land - by the ocean passed
Transport - by throe -
Peace -by it’s battle told -
Love, by Memorial Mold
Birds, by the snow

”On apprend l’eau - par la soif
La terre - par les mers qu’on passe
L’exaltation - par l’angoisse -
La paix - en comptant ses batailles -
L’amour - par une image qu’on garde
Et les oiseaux - par la neige” ED
“Bien avant d’être une manière d’écrire, la poésie est une façon d’orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l’invisible. Le pain d’épice qu’elle cuit et qu’elle fait descendre dans un panier au bout d’une corde, de sa chambre à la rue où les enfants le mangent, le soin têtu qu’elle prend de ses rosiers et sa patience ailée devant la tyrannique langueur de sa mère - tout est pour Emily une occasion d’exercer cette empathie qui est la source claire du génie.”
Extrait de “La Dame Blanche” par Christian Bobin (Ed. Gallimard)

“Le rivage est plus sûr, mais j’aime me battre avec les flots”. ED
“Un mot peut vous inonder quand il vient de la mer.” ED

http://www.franceweb.fr/poesie/dickin2.htm

3. Vivre et écrire:
” … A l’église Saint-Henri-du-Creusot, dans la pénombre d’une chapelle couvant une odeur de glaïeuls pourissants, entre une madone qui louche et une croix à laquelle s’accroche le lourd chignon d’une toile d’araignée, un apôtre tient un livre sur lequel un enfant marche pieds nus. J’ai été cet enfant. Comme lui, j’ai marché sur le sable des phrases dans le désert des heures. J’ai rarement trouvé dans mes lectures autant de joie que devant la page d’un champ de blé enluminée par le soleil: la vie a une écriture d’une délicatesse incomparable. Elle travaille chaque détail, les éclipses de l’âme sur un visage, le fracas de la lumière sur une rose - ou ces trois citrons jaune vif devant moi sur la table, en ardente conversation dans une assiette cerclée d’or: trois solitaires de Port-Royal devisant sur la grâce, dans un entretien qui ne peut avoir de fin puisqu’à propos du ciel, personne n’aura jamais le dernier mot…”
Christian Bobin (chronique de Mars-Avril 2008, Les différentes régions du ciel)
“… Un jour à Lodz je vis de trés jeunes Polonaises, des fleurs enveloppées dans du papier journal dans une main, un sac à provisions dans l’autre, entrer dans une église quelques instants et en ressortir radieuses, confirmées dans leur insouciance. La poésie est cette joie surprise au point de rencontre de l’éternel et de l’éphémère, quelque chose de si fragile que cela devient invincible….. Ce qu’on appelle poésie est l’âme surprise à son point de source, une lumière qui ne s’éteint jamais. Elle rend la vie inoubliable. Elle parle de notre mort future comme on s’adresse à une petite fille fiévreuse, en passant doucement la main sur son front et en lui parlant de chose secrètes et calmes….. La poésie pénètre au coeur de tout. Son art est fin et brutal. Rien ne lui échappe. Sa main arrache la serviette blanche devant notre visage, cherche quelque chose de pur dans nos yeux, de vivant dans nos âmes, d’éblouissant dans notre mort.
CB (Chronique de Mai-Juin 2008)
4. Lettre à Christian Bobin
Cher CB,
De çi de là je me surprends à imaginer vos jours ordinaires, et cette belle image de Maurice Maeterlinck se présente à mes yeux: lorsqu’il exhorte le généreux à ne pas donner l’huile de sa lampe mais la flamme qui la couronne. Vous le faites et je m’en réjouis sans réserve et je me sens comblé.

Que vous ayez su marcher sur vos terres toutes ces années, creuser le sillon, le féconder de votre sang, de vos larmes et de vos joies, que vous ayez pu récolter la moisson de vos livres, la donner en partage aux chalands me suffit et m’enchante au delà de ce que l’on peut espérer d’un ami.
Permettez-moi seulement de vous donner parfois de mes bonnes nouvelles comme des présents qui n’attendent en retour que la joie simple de celui qui reçoit.
Prenez soin de votre huile car pour nous la lumière.
MB
5. Lettre de Paola Juvénal (Paris)
Cher MB,
Connaissez-vous le buste d’une petite fille, dit « La Petite Châtelaine », de Camille Claudel ?Je l’ai vu au Musée Rodin pendant la rétrospective sur la sculptrice.L’œuvre représente une enfant de six ans, Marguerite. Il en existe quatre versions en marbre. Peu de différences entre elles, sinon dans le modelé de la chevelure. L’artiste a, chaque fois, reproduit à l’identique l’expression de l’enfant. Elle a saisi ce moment d’extrême tension où l’on devine les os sous la peau du front. On ne voit pas le corps, juste ce petit visage levé vers une ombre invisible, comme dans un « gros plan » de cinéma. On imagine les poings serrés, le dos tendu en avant.Marguerite a la bouche entrouverte. Elle dit quelque chose. C’est sûr.
Camille Claudel l’a saisie alors qu’elle était en train de parler. Que dit la petite fille ? Camille le sait. Elle a gardé pour elle le secret de l’enfant. Le secret de l’enfance.L’enfant demande quelque chose. Elle s’adresse à l’adulte –on ne s’adresse pas à un autre enfant de la même manière. L’adulte seul détient toutes les réponses, lui seul est maître du jeu. Depuis toujours.L’enfant attend, exige, espère une réponse comme si sa vie en dépendait. Elle a l’âge où la vie s’écrit en points de suspensions et où les rêves sont immenses.Camille s’est-elle vue dans ce visage inquiet, s’est-elle penchée sur lui comme sur un miroir, elle qui, quelques années plus tard allait succomber à ses fantômes ? On croirait que oui. On sent une grande douceur dans le modelé du marbre comme une réponse à l’angoisse de l’enfant.Peut-être que si l’on faisait vraiment silence au dehors et au-dedans de soi, si on voulait vraiment tendre l’oreille, on pourrait entendre la petite voix dans son écrin de marbre. Elle n’est pas loin. Elle parle le langage de l’enfance avec ses questions, ses peurs, ses attentes. Un langage que nous connaissons si bien.- « Pourquoi, mais pourquoi ? Dis-mois … »- « Dis-moi que j’ai raison d’espérer, d’attendre…qu’il y a une vie après l’enfance ! « Et la réponse, apaisante, maternelle, celle que l’enfant toujours attend et toujours espère :- « Oui, bien sûr. N’aie pas peur. Je t’aime. »On pourra alors prendre dans ses mains le visage de marbre enfin apaisé et l’embrasser.
Paola
6. “Ithaque” Poème de Constantin Cavafy (offert par Clarisse Minassian, Londres):
“Quand tu partiras pour Ithaque, souhaite que le chemin soit long, riche en péripéties et en expériences. Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni la colère de Neptune. Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer que par des emotions sans bassesse. Tu ne recontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni le farouche Neptune, si tu ne les portes pas en toi-même, si ton coeur ne les dresse pas devant toi.
C. Cavafy
Souhaite que le chemin soit long, que nombreux soient les matins d’été, où (avec quels délices!) tu pénétreras dans des ports vus pour la premiere fois. Fais escale à des comptoirs phéniciens, et acquiers de belles marchandises: nacre et corail, ambre et ébène, et mille sortes d’entêtants parfums. Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums. Visite de nombreuses cités Egyptiennes, et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.
Garde sans cesse Ithaque présente à ton esprit. Ton but final est d’y parvenir, mais n’écourte pas ton voyage: mieux vaut qu’il dure de longues années et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, riche de ton voyage tu n’auras plus besoin qu’Ithaque t’enrichisse.
Ithaque t’a donné le beau voyage: sans elle, tu ne te serais pas mis en route. Elle n’a plus rien d’autre à te donner.
Si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t’a pas trompé. Sage comme tu l’es devenu à la suite de tant d’experiences, tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.”
Constantin Cavafy
Traduit par Marguerite Yourcenar et Constantin Dimaras.
In English: http://www.youtube.com/v/1n3n2Ox4Yfk read by Sean Connery
7. “La Fièvre Océane” par John Masefield (offert par Sydney Russel, Amsterdam)
Il me faut encore aller vers la mer
Vers ses étendues solitaires
Et le ciel
Rien qu’un haut voilier
Une étoile pour me guider
Le rappel de la barre
La complainte du vent
Et les voiles blanches qui frissonnent
La brume grise au ras de l’eau
Et la grisaille de l’aube naissante
Il me faut encore aller vers la mer
Car nul ne peut ignorer
L’appel des marées
Exaspéré et clair
Rien qu’un jour de grand vent
Les nuages blancs qui fuient
Un poudroiement d’embruns
Un jaillissement d’écume et le cri des mouettes
Il me faut encore aller vers la mer
Et la vie errante du gitan
Là où vont les goélands au royaume de la baleine
Là où le vent a le tranchant du couteau
Rien que le gai récit d’un joyeux compagnon
Puis le sommeil paisible et le rêve heureux
Quand vient enfin l’heure de fermer les yeux.
John Masefield
8. “Transformations” de Hermann Hesse
As every flower fades and as all youth departs, so life at every stage, so every virtue, so our grasp of truth, blooms in its day and may not last forever. Since life may summon us at every age, be ready, heart, for parting, new endeavour, be ready and without remorse to find new lights that old ties cannot give. In all beginnings dwells a magic force for guarding us and helping us to live.

Hermann Hesse
Serenely let us move to distant places and let no sentiments of home detain us. The cosmic spirit seeks not to restrain us but lifts us stage by stage to wider spaces. If we accept a home of our own making, familiar habit makes for indolence. We must prepare for parting and leave-taking or else remain the slaves of permanence.
Even the hour of our death may send us speeding on to fresh and newer spaces, and life may summon us to newer races. Courage, my heart, take leave and fare thee well.
Hermann Hesse
9. “Hurbil Iragana” (Chant Basque) par Xabier Lete (Ode au berger)

Extrait du disque “Hurbil Iragana”
http://www.greatsong.net/CLIP-XABIER-LETE,XALBADORREN-HERIOTZEAN,101722980.html
“Il y avait un ami, être profond et sensible transfiguré par les ailes de la poésie, par les vers surgis d’un profond sentiment intérieur, un chanteur qui parcourait les places, transi de solitude, qui avait appris avec douleur à tisser des mots et à s’exprimer avec réserve, à partir de l’incorruptible vérité de son être intérieur.
Où es-tu aujourd’hui, dans quels pâturages, berger d’Urepel, toi qui as fui vers les hautes cimes, vers les lendemains qui demeurent dans le souvenir…

Tu as libéré ta chanson en détruisant les barrières, cherchant avec ardeur la liberté au delà des attaches et des limites du corps, transformant ainsi ton dernier soupir dans le vers le plus profond, en un cri retentissant, des vérités insondables qui ne peuvent jamais s’exprimer.
Où es-tu aujourd’hui, en quels pâturages…
10. “Ascension” par Marie Magdeleine Davy
“Chercher au dehors la presence serait se condamner à ne jamais s’en
approcher. La secheresse du désert indique au nomade que la source d’eau
vive n’appartient pas à la manifestation. Il convient de la situer dans
l’invisible auquel la solitude donne accés et que l’homme contient en
lui-même.” M-M Davy (Citation offerte par Michel Desplanches)
“Sois heureux passant!”
M M Davy ( http://www.europsy.org/pmmdavy/menu.htm )
Ne cherche pas, mon ami,
Ne cherche pas la plaine;
Tu souffrirais
D’une mauvaise souffrance.
Fuis la plaine sans te retourner
Et ne cherche pas la trace d’un chemin.
Monte, même si tu t’essoufles,
Même si tes pieds trébuchent.
Monte encore, monte toujours.
Ne te retourne pas.
Ne regarde pas du coté de l’abîme
D’où vient le vertige.
Monte sans rien fixer des yeux,
Si ce n’est en toi-même
Le soleil qui conduit tes pas.
“La Terre face au soleil”
11. E.E. Cummings et la mer (offert par Ruth Atkins, Californie)
Autoportrait de EE Cummings
” For whatever we lose (like a you or a me) / it’s always ourselves we find in the sea.”
” Car quelle que soit la perte (comme un toi ou un moi) / c’est toujours notre soi qui se révèle en mer.”
12. Un poème de Rumi (offered by Ann Nielsen, Amsterdam)

Ann Nielsen
Rumi
Listen, friend !: http://www.youtube.com/v/QqVBGv2hpQ4&feature=related
Love, The Hierophant
“Tis heart-ache lays the lover’s passion bare:
No sickness with heart-sickness may compare.
Love is a malady apart, the sign
And astrolabe of mysteries Divine.
Whether of heavenly mould or earthly cast,
Love still doth lead us Yonder at the last.
Reason, explaining Love, can naught but flounder
Like ass in mire: Love is Love’s own expounder.
Does not the sun himself the sun declare?
Behold him! All the proof thou seek’st is there.”

http://www.youtube.com/v/hqhNPY882kE&feature=related
“Le mal d’aimer dépouille l’amant: nul mal n’est comparable à la douleur du cœur. Amour est souffrance singulière: le signe et l’astrolabe des mystères Divins. Qu’il nous vienne de la terre ou des cieux, il nous conduit toujours là-bas. Quand la plume se hâtait pour écrire, elle s’est brisée sur le seuil de l’amour. Raisonner, expliquer ne saurait que faillir, tel un âne affalé dans sa fange. L’amour est sa propre lumière. La preuve du soleil est le soleil même. Si tu recherches la preuve n’en écarte pas ton visage !”
13. Learn to keep your Love’s secret yours (Jami) (offert par Clarisse Minassian, Londres). Efforce-toi de garder pour toi-même le secret de ton Amour.
This moment starts - arrives - now it is past time; Drink deep, my Love; be wise, live this cherished rhyme” . Hafez
“The heart enlivened with love will never die,
My endurance is inscribed in the book of universe.” Hafez.
14. “Les Fenêtres” de Charles Baudelaire (offert par Philippe Romero, Paris)

Philippe Romero
Baudelaire par Manet
“Celui qui regarde au-dehors à travers une fenêtre ouverte ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre.
Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Par-delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec son geste, avec très peu de données, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant. Si c’eut été un pauvre vieil homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même. Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? ». Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidée à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?”
15. Marianne Williamson (offert par Rulik Perla, California)
“Notre peur ultime n’est pas notre insuffisance. Notre peur ultime est cette force qui est en nous et qui nous dépasse. C’est notre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. Nous nous demandons, Qui suis-je pour être brillant, magnifique, talentueux, fabuleux ? En fait, Qui êtes-vous pour ne pas l’être ? Vous êtes un enfant de Dieu. Votre profil bas n’est utile à personne. Ce n’est pas être illuminé que de se diminuer pour que votre entourage se sente à l’aise. Nous sommes au monde pour témoigner de la gloire du Dieu qui est en nous. Elle n’est pas qu’en certains d’entre nous, elle est en chacun d’entre nous. C’est en laissant briller notre lumière que nous permettons aux autres de laisser briller la leur. A mesure que nous nous libérons de notre peur, notre présence libère les autres. ” MW
“Our deepest fear is not that we are inadequate. Our deepest fear is that we are powerful beyond measure. It is our light, not our darkness, that most frightens us.
We ask ourselves, who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous? Actually, who are you not to be? You are a child of God. Your playing small does not serve the world.
There is nothing enlightened about shrinking so that other people won’t feel insecure around you. We were born to make manifest the glory of God that is within us. It is not just in some of us; it is in everyone.
And as we let our own light shine, we unconsciously give other people permission to do the same. As we are liberated from our fear, our presence automatically liberates others.” MW
16. “Les oiseaux” (offert par Sydney Russel, Amsterdam)
“Birds make great sky circles of their freedom. How did they learn that? They fall, and falling, they are given wings.”
Jalaluddin Rumi
“Les oiseaux font de leur liberté des grands cercles dans le ciel. Comment l’ont-ils appris? Ils tombent, en tombant, des ailes leur sont données.”
Jalaluddin Rumi
17. “Les vagues et la mer” (offert par Ellen Trezevant, Bruges)
“People, as waves in the sea, are born, have highlights and low points, collide with each other and die.
When they crash against the shore the waves then retreat, exhausted, looking for tranquility and peace. Just as people search for the Highest.”
” Les hommes, comme les vagues dans la mer, naissent, connaissent le sublime et l’absurde, entrent en collision et meurent. Quand elles déferlent sur le rivage, elles se retirent épuisées, cherchant la paix et la tranquilité. Comme les hommes sur les chemins d’en haut.”
18. Quelques Citations favorites de Fabienne Verdier … et sur JS Bach (offert par Michel Desplanches, Paris)
Goethe: “Meurs, meurs et deviens.”
Son Maître calligraphe, Huang Yuan: “Ca y est! Tu as enfin compris! tu reconnais ta grande ignorance. C’est sur cette base-là que tu vas pouvoir commencer à construire.”
Héraclite: “L’univers est un flux en mouvement.”
Bourgeons en conversation de Fabienne Verdier
Un Astrophysicien: “Nous sommes de grands aveugles devant le réel.”
Matisse: “Ma seule religion est celle de l’amour et de la grande sincérité.”
Fabienne Verdier: “La moindre vibration nourrit mon inspiration, nourrit l’être à l’essentiel. Cela est trés proche de la musique: il y a comme un chant qui monte en moi. Oui à mon sens, l’art est une mélodie secrète.”
Fabienne Verdier
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fabienne_Verdier
Petite légende à propos de J-S Bach : on raconte qu’un chef d’orchestre
répétant une oeuvre de Bach en sa présence se tourna vers lui et
demanda : “Maître quel tempo ? Et Bach en guise de réponse mit la main sur son coeur.”

19. Du coté du Japon (offert par Clarisse Minassian, Londres)
Listening to the nightingale singing
among the flowers
or to the cry of the frog
which dwells in the water,
we recognize the truth
that of all living things
there is not one
which does not utter song.
Ki Tsurayuki
Peinture d’Utamaro
Upon returning from the Tea ceremony in the heart of Picadilly,
Au retour de la cérémonie du thé au coeur de Picadilly:
“…All the while two young girls were assisting her in serving the guests. The grace of one of them became the focus of my attention. There was a fragile quality in her beauty which was not that of an earthly woman nor was it possible to name it nor could she turn on a man but rather she was a reminder of a noble and ancient kind of beauty. I suppose there behind her diaphanous skin, black silken hair and eyes of a phoenix lived a butterfly from a better world. Everything about her was measured: her smile, her movements and her speech; they all conveyed a reverence. This barely twenty year old girl would have scorched Utamaro the painter of beauties….”
“… Durant toute la cérémonie deux jeunes filles l’assistaient au service des hôtes. La grâce de l’une d’entre elle retint mon attention. Il y avait dans sa beauté une sorte de fragilité, un ailleurs que je ne pouvais nommer; indifférente au masculin, elle me rappellait plutôt la noblesse d’une essence trés ancienne de beauté. Par delà sa peau diaphane, la soie de ses cheveux noirs, ses yeux de phénix, volait un papillon venu d’un monde meilleur. Tout son être était mesuré, son sourire, ses mouvements, sa parole; tout d’elle invitait à la révérence. Cette jeune fille qui n’avait pas vingt ans aurait enflammé Utamaro, le peintre des beautés ….”
Clarisse Minassian
20. Au pays de la Belle Solitude avec Jacqueline Kelen.
” Un individu ne devient intéressant qu’à partir du jour où il s’enquiert d’aimer bien plus que d’être apprécié, choyé ou courtisé.” JK
“La plupart des humains vivent et meurent “seuls”, croient-ils, parce qu’en fait ils n’attendaient que d’être aimés.” JK

“Celui qui aime n’est jamais seul. Même s’il est renié de tous. Même s’il meurt sur la Croix. Même s’il se nomme le Chevalier à la triste figure et arpente le désert de la Manche.” JK
“La vie solitaire ressemble à un jardin fleuri: c’est un lieu d’affinités, mais on peut s’y promener et s’y sentir heureux sans être accompagné.” JK
“Ils sont seuls, les grands passants de la Terre et les grandes amoureuses, seuls comme Jésus au Mont des Oliviers, comme Hallâj se proclamant la Vérité dans une ivresse de soir d’été, comme Don Quichotte incendiant de rêves et de Poésie la lugubre plaine de la Manche, comme Juliette confiante et ensommeillée dans son tombeau. Non pas tant incompris ou rejetés par leurs contemporains que singuliers et entiers dans leur aventure.” JK
“Souffrir de la solitude, mauvais signe; je n’ai jamais souffert que de la multitude…” F. Nietzsche
“En quelques mots, voici ce qu’à travers ces pages je tenais à vous dire: Il y a en chacun de vous une solitude qui est ce que vous avez de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est solitude même de l’Esprit.” JK
Jean Van Eyck, “Le mariage des époux Arnolfini”
21. Le monde d’Ernst Barlach (offert par Barbara Fries)
Autoportrait
http://www.youtube.com/v/Xj08VBAFQ7Y
“… Wau n’avait pas l’habileté d’écrire mais il aimait écrire. Prendre la plume était comme ouvrir la porte sur un coin isolé de sa vie qui n’était pas influencé par Wahl. Ici il était vraiment seul, ici il était son maître - et ici Wahl restait toujours dehors et personne n’allait ou ne venait sauf lui-même sur ses propres semelles, appartenant à lui seul…”
Extrait du roman autobiographique de Ernst Barlach: “Der Gestohlene Mond”.
Moines à l’étude
Béni soit le miséricordieux Humilité
Que la lumière soit !
22. “Il s’appellait François” et conversait avec les créatures (Inspiré par Roger Kent, Californie):
Saint Francis and the Sow
The bud
stands for all things,
even for those things that don’t flower,
or everything flowers, from within, of self-blessing;
though sometimes it is necessary
to reteach a thing its loveliness,
to put a hand on its brow
of the flower
and retell it in words and in touch
it is lovely
until it flowers again from within, of self-blessing;
as Saint Francis
put his hand on the creased forehead
of the sow, and told her in words and in touch
blessings of earth on the sow, and the sow
began remembering all down her thick length,
from the earthen snout all the way
through the fodder and slops to the spiritual curl of the tail,
from the hard spininess spiked out from the spine
down through the great broken heart
to the blue milken dreaminess spurting and shuddering
from the fourteen teats into the fourteen mouths sucking and blowing beneath
them:
the long, perfect loveliness of sow.
Galway Kinnell
“Il y a bien d’ailleurs un âne dans la vie de François. Il dort quand François dort, il mange quand François mange, il prie quand François prie. Il ne le quitte jamais, l’accompagne du premier au dernier jour. C’est le corps de François d’Assise, c’est son propre corps qu’il appelle ainsi: “mon frère l’âne” - manière de s’en détacher sans le rejeter, car c’est avec ce compagnon qu’il faut aller au ciel, avec cette chair impatiente et ces désirs encombrants: pas d’autre accés aux sommets éternels que par cette voie là, escarpée, caillouteuse, un vrai chemin de mulet.”
“Le Trés-Bas” Christian Bobin (Gallimard)
23. Michel Eyquem de Montaigne nous écrit de sa tour Aquitaine:
« Sans pencher… (plus d’un coté que de l’autre) Je suspens…(mon jugement en affirmant ceci ou cela)
Je m’abstiens de saisir…(je ne tiens aucune position dogmatique)
« De nos maladies, la plus sauvage c’est de mépriser notre être, qu’il faut cultiver l’amitié que chacun se doit, que la tristesse est une qualité toujours nuisible, toujours folle, toujours couarde et basse ».
« Ne sois pas plus sage que nécessaire, tu deviendrais stupide ».
« C’est une épineuse entreprise, et plus qu’il ne semble de suivre une allure si vagabonde que celle de notre esprit, de pénétrer les profondeurs opaques de ses replis internes ».
« Qui me demanderait la première partie en amour, je répondrais que c’est savoir prendre le temps, la seconde de même, et encore la tierce…J’aime qu’on y fasse un peu l’enfant, le craintif et le serviteur. »
“Ce qui se présente, réjouis-t’en, le reste est hors de ta portée. »
« J’ai pu me mêler des charges publiques sans me départir de moi de la largeur d’un ongle. »
« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat notre présomption et vanité, quand elle reconnaît de bonne foi son irrésolution, sa faiblesse et son ignorance. »
« Mon dernier jour, ni à craindre ni à espérer. »
24. “Souveraineté du vide”, “L’inespérée”, Christian Bobin nous parle au retour de sa promenade dans les jardins du ciel (Offert par Sydney Russel, Amsterdam)
“Dieu, c’est le nom de quelqu’un qui a des milliers de noms. Il s’appelle silence, aurore, personne, lilas, et des tas d’autres noms, mais ce n’est pas possible de les dire tous, une vie entière n’y suffirait pas et c’est pour aller plus vite qu’on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les autres noms, un nom pour dire quelqu’un qui est partout, sauf dans les églises, les mairies, les écoles et tout ce qui ressemble de prés ou de loin, à une maison…
Pour écouter la suite cliquer sur le lien: http://www.dailymotion.com/swf/x1pau3_dieu-christian-bobin_blog
Souveraineté du vide (Photo de Edouard Boubat)
“You acknowledge your friends that they do not prevent you from being
alone,
that they illuminate your loneliness without interrupting.”
Christian Bobin -
L’inespérée
25. “N’oublie pas les chevaux écumants du passé” avec Christiane Singer:
“Il faut se répéter sans se lasser que ce qui existe sur terre n’est qu’une ombre du possible, une option entre mille autres.”
”Errer dans les chantiers du monde, sur l’emplacement de la mosquée Bleue ou de l’abbaye du Thoronet quelques jours avant le premier coup de pioche quand y paissaient encore les moutons et y cabriolaient les chèvres. Marcher la nuit dans New York et y entendre bruire la forêt sacrée des Iroquois. Rejoindre le moment de bifurcation où la vie s’invente de neuf.”
«Le meilleur et le pire ne sont que le recto et le verso du même.»
[ Christiane Singer ] - Seul ce qui brûle
«Qui peut mieux qu’un enfant nous arracher à toutes nos amarres ?»
[ Christiane Singer ]
«Ne jamais oublier d’aimer exagérément : c’est la seule bonne mesure.»
[ Christiane Singer ] - Derniers fragments d’un long voyage
«L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création.»
[ Christiane Singer ] - Derniers fragments d’un long voyage
«Il n’est que l’expérience menée à terme qui libère.»
[ Christiane Singer ] - Derniers fragments d’un long voyage
«L’éducation n’est qu’un tissage de regards.»
[ Christiane Singer ] - Derniers fragments d’un long voyage
«Pourquoi seulement choisir le plaisir quand on peut avoir la joie, la gratitude, la mélancolie même ?»
[ Christiane Singer ] - Derniers fragments d’un long voyage
«Quelqu’un qui ne laisse pas la réalité déranger ses rêves est un sage.»
[ Christiane Singer ] - La Mort viennoise
« Quand il n’y a plus rien, il n’y a plus que l’amour. »
http://spinescent.blogspot.com/2008/04/il-y-un-christiane-singer.html
26. Lettre de Paola Juvénal, “Un Povero Cristo”
Parmi les œuvres de Mantegna et de ses contemporains exposées au Louvre, un tableau attire le regard. C’est une peinture sur bois de Giovanni Bellini, peintre vénitien du début de la Renaissance : Le Christ bénissant après la Résurrection. Il est tellement chargé d’émotion que sa présence, traversant les siècles à la vitesse de la lumière, vient nous frapper là, aujourd’hui, en plein visage.Le Christ de Bellini vient de sortir du tombeau. Il porte encore la couronne d’épines et son front saigne. Ses cheveux, en désordre, semblent trempés de sueur. Sa tunique est découpée au niveau de la poitrine pour montrer la plaie qu’il porte au sein droit. C’est un Christ émacié, épuisé. Son regard, transparent, comme lavé par la douleur, est tourné vers l’intérieur, non pas absent mais déjà ailleurs.
Il va partir. Ce sont ses derniers instants sur terre, la couronne de lumière perce derrière les épines. Mais juste avant, il trouve encore la force de bénir le monde d’une main déchirée par les stigmates, deux doigts levés vers le ciel.
Le Christ de Bellini est loin des images du Christ en majesté, du Sauveur triomphant qui frappent le monde de stupeur et de crainte. Nul triomphe dans cette Résurrection. Le Christ de Bellini est pathétique. « Voilà, semble-t-il nous dire, c’est advenu. Cela a été dur, très dur. J’ai cru que je n’y arriverais pas, mais je l’ai fait. Et maintenant, je m’en vais. Je vous laisse ma Parole. Sachez vous en servir.».L’italien a une expression pour décrire un homme ravagé de souffrance. On dit de lui, c’est « un povero Cristo ». Voilà ce qu’a peint Bellini, « un pauvre Christ », frêle, fragile, chancelant. On l’imagine prononçant avec peine, le souffle court, les paroles de bénédiction.C’est un Christ que l’on a envie d’aider, de consoler tellement il est seul au monde, tellement il est humain.Derrière le Christ, en contrebas dans le lointain, Bellini a peint un paysage de collines verdoyantes coupées de chemins en lacets sous un ciel chargé de nuages. On devine un château et de petits personnages qui vaquent à leurs occupations. On entend presque l’écho de la vie, là-bas, qui continue comme si de rien n’était.
Paola Juvénal, le 2/10/08
Merci Paola
27. “Amsterdam aux portes de l’Automne”, “fleeting as it is” par Sydney R.:
As you can see the leaves are turning already. I’m feeling grateful and emotional about being in the present moment, fleeting as it is.. Such an interesting time. The sense of recurrent change is very strong. Perceptions of the onward rush of time and events and detachment from them.
Went to the Singer museum in Laaren today. American Impressionism. Pleasant to view the world of nature through another person’s eyes for a while. A thoughtful person, that perceived nature and its moods as an expressions of God.

“For it is true in our world, that the petals pooled with nectar, and the polished thorns are a single thing - that even the purest light, lacking the robe of darkness, would be without expression - that love itself, without pain, would be no more than a shruggable comfort.”
28. « La pesanteur et la Grâce » chez Simone Weil:
“Usage des tentations. Il tient au rapport de l’âme et du temps. Contempler un mal possible pendant longtemps sans l’accomplir opère une espèce de transsubstantiation. Si on résiste avec une énergie finie, cette énergie s’épuise en un temps donné, et quand elle est épuisée, on cède. Si on reste immobile et attentif, c’est la tentation qui s’épuise - et on recueille l’énergie regradée.”

“L’imagination travaille continuellement à boucher toutes les fissures par où passerait la grâce.”
“Le malheur qui contraint à porter l’attachement sur des objets misérables met à nu le caractère misérable de l’attachement. Par là, la nécessité du détachement devient plus claire.”
“Toute douleur qui ne se détache pas est de la douleur perdue. Rien de plus affreux, froid désert, âme recroquevillée. Ovide. Esclaves de Plaute.”
“L’homme n’échappe aux lois de ce monde que la durée d’un éclair. Instants d’arrêt, de contemplation, d’intuition pure, de vide mental, d’acceptation du vide moral. C’est par ces instants qu’il est capable de surnaturel.”

“L’amour a besoin de réalité. Aimer à travers une apparence corporelle un être imaginaire, quoi de plus atroce, le jour où l’on s’en aperçoit ? Bien plus atroce que la mort, car la mort n’empêche pas l’aimé d’avoir été.”
“C’est lâcheté que de chercher auprés des gens qu’on aime un autre réconfort que celui que nous donnent les oeuvres d’art, qui nous aident du simple fait qu’elles existent.”
“L’amour est quelquechose de grave où l’on risque souvent d’engager à jamais sa propre vie et celle d’un autre être humain. On le risque même toujours à moins à moins que l’un des deux ne fasse de l’autre son jouet; mais, en ce dernier cas, qui est fort fréquent, l’amour est quelquechose d’odieux….. C’est pourquoi l’idée de rechercher l’amour pour voir ce que c’est, pour mettre un peu d’animation dans une vie trop morne me paraît dangereuse et surtout puérile…..”
“…. Il ne faut pas fuir l’amour mais ne pas non plus le rechercher… et, quand on est trés jeune, il vaut bien mieux ne pas le rencontrer.”

“La science, aujourd’hui, cherchera une source d’inspiration au-dessus d’elle ou périra.”
“Beauté: un fruit qu’on regarde sans tendre la main. De même un malheur qu’on regarde sans reculer.”

“La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu’à l’âme.”
“La beauté enferme entre autres unités des contraires, celle de l’instantané et de l’éternel.”
29. “Pour une lecture poétique du monde” en hommage à JMG Le Clézio pour son Prix Nobel de Littérature 2008:
«Notre seule vraie famille est celle des livres. On y éprouve un sentiment de perméabilité avec celui qui raconte : il donne tant de force, tant de frissons.»
«Ecrire, c’est surtout essayer de survivre.»

«Les hommes sont des coquilles, et le ventre des femmes est la coquille qui contient tous les hommes.»
«Le silence est l’aboutissement suprême du langage et de la conscience.»
«Il n’y a pas de plus grande émotion que d’entrer dans le désert.»
«On reporte souvent sur le passé une sorte de magie qui n’a rien à voir avec la réalité de ce qu’on a vécu mais est la simple prise de conscience de la fuite du temps et des deuils à faire.»
«L’artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde.»
«Vivre, connaître la vie, c’est le plus léger, le plus subtil des apprentissages. Rien à voir avec le savoir.»
«L’écriture est la seule forme parfaite du temps.»

«Les principes, les systèmes sont des armes pour lutter contre la vie.»
«Par le langage, l’homme s’est fait le plus solitaire des êtres du monde, puisqu’il s’est exclu du silence.»
30. Emile Chartier dit “Alain” (offert par Michel Desplanches, au fil des ans):
C’est à Mortagne-au-Perche, capitale d’ancien régime qui étend son patrimoine architectural du XIIIème au XIXème siècle, que naquit en 1868 le philosophe Alain. De son vrai nom Emile Chartier, il enseigna la philosophie dans de nombreux lycées avant de prendre sa retraite dans sa petite maison du Vésinet. Des meubles, notamment le bureau, des manuscrits et la bibliothèque du Vésinet sont aujourd’hui présentés au musée Alain de Mortagne.

Situé dans la Maison des Comtes du Perche, le musée retrace les grandes étapes de la vie du philosophe.
Catherine Guimond, Conservateur, commente la visite à ceux qui le souhaitent. Un fonds Alain, regroupant la bibliothèque du philosophe ainsi qu’un très grand nombre de documents qui lui sont consacrés, est également accessible sur demande.
Catherine Guimond raconte amusée que des lecteurs conquis à la philosophie d’Alain viennent du Japon pour retrouver les traces de sa pensée. Certains d’entre eux s’échangent même quotidiennement par mail les réflexions qu’ils tirent des quelques cinq mille Propos écrits par Alain à partir de 1906. Le musée de Mortagne donne à voir les origines de cette pensée qui continue de rayonner à travers le monde.

“Ce n’est point parce que l’on aime qu’on est heureux; c’est parce que l’on est heureux qu’on aime.”
“Les drames de l’amour ne sont pas les drames du désir, ce sont plutôt les drames de l’orgueil.”
“La force d’un grand amour se reconnaît à ceci qu’il n’y a pas à craindre les voluptés ni les satiètés.”
“L’amour est un poème, quelque chose que l’on fait, que l’on compose, que l’on veut.”

Je crois que la principale erreur de notre temps, c’est de chercher en toutes choses la vitesse. 
Mimez l’assurance plutôt que la timidité, mimez la force plutôt que la faiblesse, mimez la bonne santé plutôt que la maladie, et l’imagination dévastatrice aura du mal à s’installer. 
L’histoire est un grand présent, et pas seulement un passé. 
Le plus difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le monde dit sans y réflechir. 
L’oisiveté est mère de tous les vices, mais de toutes les vertus aussi. 
“L’intelligence, c’est ce qui dans un homme reste toujours jeune.”
Le pessimisme est d’humeur; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste… 
Ne vouloir faire société qu’avec ceux qu’on approuve en tout, c’est chimérique, et c’est le fanatisme même. 

La bonne humeur a quelque chose de généreux : elle donne plutôt qu’elle ne reçoit. 
Quelque étrange que cela paraisse d’abord, il faut jurer d’être heureux. 
31. “Calm Sailing” by Adolphus Knell (offered by Clarisse Minassian):

” I take everything starting from well before you, from farther upstream. I am beating my way back like a salmon toward the eternal waters”.
Christian Bobin (from The Secret of Francis of Assisi)
32. “Songs of Coming Home” by David Whyte, offert par Sydney Russel:
THE OPENING OF EYES
That day I saw beneath dark clouds
the passing light over the water
and I heard the voice of the world speak out,
I knew then, as I had before
life is no passing memory of what has been
nor the remaining pages in a great book
waiting to be read.
It is the opening of eyes long closed.
It is the vision of far off things
seen for the silence they hold.
It is the heart after years
of secret conversing
speaking out loud in the clear air.
It is Moses in the desert
fallen to his knees before the lit bush.
It is the man throwing away his shoes
as if to enter heaven
and finding himself astonished,
opened at last,
fallen in love with solid ground.

33. “L’évangile du gitan” de Jean-Marie Kerwich

L’enjeu
Malgré mon angoisse qui dure depuis des années, ces derniers temps la poésie me fait davantage confiance. Elle s’approche un peu plus de mon âme: c’est la première fois que je la vois d’aussi près. Elle porte un voile blanc, on distingue à peine les traits de son visage un peu sévère. Elle vient parfois avec une ondée, et alors j’écris. Elle est là près de moi, elle lit mes phrases et semble me dire dans son langage mystique: “Je t’inspirerai d’autres poèmes, mais je dois d’abord interroger tes pensées.” Alors je comprends que je ne serai sûr de la beauté de mes phrases que lorsque la poésie sera sûre de la loyauté de mon âme. En effet, pour se donner, la poésie doit être certaine de la sincérité de son penseur. L’enjeu est trop important.

34. L’expérience poétique, Extrait d’une Interview de Magda Carneci, poétesse Roumaine vivant à Paris:
… “Il me semble que, même si la création représente le « big-bang » nécessaire, et la fabrication « l’incarnation » inévitable, la création ne peut se faire qu’avec la fabrication, tandis que la fabrication peut se faire sans la création. Un « texte » littéraire peut être confectionné selon diverses recettes dont les ingrédients préexistent et peuvent être combinés de manières différentes ; il peut être une forme de tricotage verbal, de rébus verbal, de délire verbal, d’art combinatoire verbal etc..
Mais, un vrai poème n’est pas conditionné par une existence préalable et prévisible, il survient de façon inattendue, même si parfois ce n’est qu’après une longue décantation, car il a besoin d’expériences réelles, de souffrances ou de joies intenses, de « chair et de sang », d’un intellect alerte et d’une rupture métaphysique. Et il n’est pas nécessaire de rappeler que les expériences réelles sont beaucoup moins nombreuses que la masse énorme des textes produits actuellement. Pour maintes personnes, l’écriture est un passe-temps, une drogue, un succédané, un antidépresseur et une manière de remplacer la réalité. On souffre d’un manque d’expériences réelles et c’est pour cela qu’on écrit tellement. Je crois que l’écriture devrait être avant tout le témoignage d’une expérience « réelle », capable de provoquer chez autrui, chez le lecteur, la nostalgie, le désir et la ferveur, sinon la répétition même de l’expérience « réelle » fixée dans le hiéroglyphe fabriqué du texte.”

Magda est directrice de l’Institut culturel Roumain de Paris
R.D. : Les images mentales jouent-elles un rôle prépondérant dans le bon déroulement de l’acte de création ?
M.C. : “Pour moi, oui. Elles sont même essentielles. Un poème peut partir d’un seul mot ou d’un groupe de mots, qui déclenche « l’état poétique », c’est-à-dire l’entrée en résonance avec une fréquence émotionnelle plus élevée. En suivant le fil des mots, des condensés verbaux et des sauts qui s’imposent en quelque sorte d’eux-mêmes, on parvient miraculeusement au substrat qu’ils dissimulent derrière eux, aux images intérieures, profondes, parfois éblouissantes ; des images archaïques, quelquefois majestueuses, d’autres fois terribles, se réveillent ainsi à la vie intérieure. Ces images, bien qu’elles soient assez vagues dans le ciel de notre univers intérieur, ont une étrange qualité d’« objectivité », car elles touchent à quelque chose de fondamental, partagé par tout le monde, sans appartenir à personne en particulier ; elles ont donc une résonance universelle. Mais, un poème peut aussi partir d’une image mentale silencieuse et obsédante, qui se donne à voir comme une vague vision localisée quelque part dans l’espace intérieur et qui demande une sorte de contemplation et de plongée en elle-même avant de se laisser revêtir d’une écorce sonore.

Ainsi, elle prétend que notre machinerie mentale accède à une fréquence intellectuelle plus élevée. Parfois, de telles images intérieures restent indicibles, mais elles modèlent indirectement le discours poétique extérieur, comme un aimant caché, comme une source de radiation invisible. Généralement, les poèmes qui provoquent chez le lecteur des images mentales, des visions intérieures, sont plus rares que ceux qui provoquent un frisson strictement émotionnel ou intellectuel. Car le poème se vérifie par ce qu’il déclenche, par ce qu’il provoque chez autrui, par ce qu’il évoque et « réveille » chez le lecteur, son miroir vif et résonant. Mais, la plupart des poèmes ne provoquent rien « au-dedans », ils sont un agréable jeu culturel qui leur permet d’accéder au champ littéraire collectif et de s’y positionner, ils sont des formes de partage verbal dans le cadre d’un corpus culturel canonique.”
“What are poets good for nowadays ?” Un article de Magda en Anglais:
http://iwp.uiowa.edu/paros/2006paros/pdf/Carneci-What_are_Poets_Good_For.pdf
35. Etty Hillesum, “De la lumière qui parle” par Yann Moix:
“Ce qu’elle nomme “Dieu” c’est la possibilité de s’extraire du monde de tous les jours, qui est imaginaire.”
”Peu de gens connaissent le véritable monde réel: il est occulté, recouvert de boue, de mensonge, de cravates, d’argent, de médailles. La seule réalité possible est ailleurs, à la fois toute proche et à des années-lumière: elle est en nous.”

Yann Moix
Figaro Littéraire du 4 Décembre 2008
“On appelle Dieu ce lieu étonnant d’où, au lieu de voir la trace de nos pas dans la neige, on voit une étendue blanche immaculée, qu’aucune présence n’est venue souiller”.
”On se trompe quand on affirme que trouver sa place c’est se faire une place… Trouver sa place, c’est la trouver d’abord en soi: être au centre de soi-même avant d’être le centre du monde.”
”Le mystique est, au contraire de l’athée, infiniment comprimé, il occupe un volume minimal parcequ’il sait que l’important n’est pas d’être vu mais de voir.”
”S’il n’y avait qu’un message à retenir d’Etty, ce serait celui-ci: la vie intérieure n’a aucun complexe d’infériorité à avoir face à la vie extérieure, qui trop souvent confond le monde et la mondanité.”
“Il y a en moi un puits trés profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre au jour.” EH

“Une vie Bouleversée” Ed. du Seuil
“Etty ne rêve que de s’oublier elle-même, “de suivre son propre chemin”, ce que personne ne fait jamais. Son ambition première est l’abandon. On pleure en la lisant. On dirait de la lumière qui parle.”
36. “Why should we suffer” , a psychiatrist reflects, by Andrew Powell:
To read the complete article go to: http://www.rcpsych.ac.uk/pdf/ATT01042.pdf
…Forgiveness is the supreme test of love. Jesus spelled it out like this:
‘Love your enemies, bless those that curse you, do good to those that
hate you, and pray for those who treat you badly and persecute you, so
that you may be the children of your Father which is in heaven’ (Matthew
5:20). Just as the symbol of transformation, the lotus, cannot flower
without its roots in the mud, the burgeoning soul finds an opportunity
for forgiveness in every hurt given and received.

Andrew Powell is psychiatrist and fellow at the Royal College of Psychiatry, Oxford, UK
http://www.rcpsych.ac.uk/college/specialinterestgroups/spirituality/publications.aspx
Desirable though it may be, a person cannot always bring himself or
herself to forgive, and it is not for anyone to try to insist. What I
have generally found, though, is that a person would wish to be able to
forgive, if it only felt possible. This is because despite the outrage
of the ego, the soul impulse cannot be killed off. Once we make contact
with even the wish to forgive, we are starting out on a journey of love
in which we too can be forgiven, find redemption and, at last, return to
where each of us began - the Garden of Eden; no longer a place of
innocence but wisdom.
37. Patagonie, Terre de feu, Cap Horn, voile extrême:
“PATAGONIA! The name, sounds like a place which conjures up ancient epic tales about heroic sailors who on their sea pilgrimages offer magic prayers to powerful and undying gods; about their struggle with fantastic creatures and with supreme and untamable forces appearing as obstacles on their paths. I used to think Patagonia was an island who nobody knew where it was or if it at all existed or not and which perhaps centuries ago went to sleep under an undisturbable lazuli sea, somewhat like Atlantis; yes, rather like one of the seven ancient wonders of the oceanic world - enough dreaming!!!!”
Extrait d’un texte de Clarisse Minassian, poétesse Persane contemporaine vivant à Londres.
“Patagonie, Cap Horn, Terre de Feu, terre sauvage, vous y rencontrerez tous les Dieux craints des hommes, tous les esprits maléfiques des contes de votre enfance. Il vous y sera révélé que les uns comme les autres émergent des brumes de votre propre coeur ensauvagé. Le Voilier et son Capitaine seront les passeurs ; le premier est aussi sûr qu’un fidèle grognard qui aurait survécu à toutes les campagnes de l’empereur, le second, par son art culinaire, vous fera oublier les brises glaciales, les vents catabatiques, le ciel plombé quand les Dieux boudent ou méditent leurs bourrasques… sans parler de sa bonne humeur, comme un soleil qui ne manque jamais d’assister au lever du jour”. MB www.voilespatagones.com
“Ultime Cordillière” par Karine Meuzard www.karinemeuzard.com
“Juste avant l’infini, au milieu du tourment, un ouvrage du vent, ultime cordillière, froisse d’un dernier pli la terre et l’océan.”
“Etincelant et pur comme l’eau d’un regard, tout de neige et de vent sur mon coeur qui s’égare, le silence raconte une trés vieille histoire.” KM

“Ici c’est le Grand Sud, une terre du bout, Ici les latitudes font tenir debout Quelques pointes taillées dans une glace épaisse.” KM

“Au gré du temps sans age, au bout d’un songe d’homme, Un haut rocher pointu avance un cap malin. Ecoutons le ravage, comme un ultimatum, Ecoutons l’équipage criant dans le crachin. Ici que de naufrages, de vagues qui t’assoment ! Que de rêves perdus, rit l’oiseau aérien. Faut-il du courage ? Faut-il un vent bonhomme ? Faut-il un voeu tordu pour battre ce chemin ?
Mais cette fois…
Tu doubles sans dommage, ce rocher qui est comme une fin, un début ?…

“Que cherches-tu marin ?” KM

” Je cherche la lumière d’une terre sans nombres, je cherche la lueur d’un coeur qui n’aurait d’ombres, je cherche la lumière qui jamais ne pâlit, je cherche cet éclat qui toujours éblouit, je sonde les abysses de mon âme souveraine affranchie des torpeurs et des peurs souterraines…
Je te cherche… ma Reine.”
38. “Les trois sauvages” de T.S. Eliot, poème offert par Ruth Atkins, Californie… extraits…:
Written in 1941. “The Dry Salvages—presumably “les trois sauvages”—is a small
group of rocks, with a beacon, off the N.E. coast of Cape Ann,
Massachusetts.”
Eliot’s family spent time in this area during his childhood.By his own reckoning (in a speech given upon receiving the Emerson-Thoreau Medal from the American Academy of Arts and Sciences in 1959, at which he read this poem), the poem begins where Eliot began (St. Louis, the Mississippi River) and ends where he expected to end (a parish church of a village in Somerset).

“I said to my soul, be still, and wait without hope
For hope would be hope for the wrong thing; wait without love,
For love would be love of the wrong thing; there is yet faith
But the faith and the love and the hope are all in the waiting.
Wait without thought, for you are not ready for thought:
So the darkness shall be the light, and the stillness the dancing.”

“Le fleuve est en nous, l’océan tout autour de nous. L’océan est aussi la frange de la terre : le granit dans lequel il pénètre, la grève où il rejette les signes d’une autre création plus ancienne - Etoile de mer, limule, vertèbre de baleine - Et les mares où il offre au regard attentif l’algue délicate et l’anémone de mer. L’océan rejette ce que nous avons perdu : senne déchirée nasse enfoncée, rame brisée, les effets de morts étrangers. L’océan parle de plusieurs voix, ses Dieux sont nombreux et ses voix multiples.”

Lady, whose shrine stands on the promontory,
Pray for all those who are in ships, those
Whose business has to do with fish, and
Those concerned with every lawful traffic
And those who conduct them. Repeat a prayer also on behalf of
Women who have seen their sons or husbands
Setting forth, and not returning:
Figlia del tuo figlio,
Queen of Heaven. Also pray for those who were in ships, and
Ended their voyage on the sand, in the sea’s lips
Or in the dark throat which will not reject them
Or wherever cannot reach them the sound of the sea bell’s
Perpetual angelus.

O voyagers, O seamen,
You who came to port, and you whose bodies
Will suffer the trial and judgement of the sea,
Or whatever event, this is your real destination.’
So Krishna, as when he admonished Arjuna
On the field of battle.
Not fare well,
But fare forward, voyagers.
39. Accents élégiaques… sur les hauteurs de Duino, par RM Rilke:
“… Comme il est étrange de ne plus habiter la terre…”

“Ne crois point que je veuille convaincre, ange, et même si je le voulais! Tu ne viendrais pas. Car mon appel est toujours plein de départ. Tu ne saurais lutter contre un tel courant. Mon cri est comme un bras tendu, Et la main, en haut, ouverte pour savoir, reste ouverte devant toi, largement ouverte, comme une défense ou un avertissement, Ô Insaisissable.”
40. Lettre à Audrey & Lettre à Pauline, (versions intégrales) MB:
Chère Audrey,
Du bourgeois Anversois des premières années, étranglé dans sa gaufre et son opulence, à la morgue mélancolique du lord Anglais de la maturité, je vois la même aisance désinvolte, la même acuité du regard, le même talent naturel à représenter les êtres, par le trait, la couleur et la composition. Nous devons à Van Dyck d’avoir humanisé, déstatufié, assoupli l’art du portrait en lui communiquant un peu de sa propre impertinence, de sa légèreté.

Et pourtant c’est presque nauséeux que je me retrouvai au sortir du musée marchant Boulevard Haussmann sous la bruine glacée d’un soir de Novembre. Comment avait-il pu passer sa vie, user son art, à nous conter l’arrogance et les sinistres vanités du monde ? Les visiteurs pâmés étaient peut-être aussi pour quelque chose dans mon vertige. Sans doute ne voyaient-ils pas que le beau pour l’œil seul pourrait n’être qu’une ruse du malin pour leur voler leur âme.

Il est vrai que j’avais entrepris la veille la lecture de L’évangile du gitan de Jean-Marie Kerwich. La juxtaposition brutale des deux mondes m’avait retourné l’estomac, une sorte de mal de terre que l’on éprouve parfois au retour de plusieurs jours de mer et qui fait chalouper la démarche quand nous passons sans transition des solitudes océaniques au brouhaha des grandes cités. Quand Van Dyck éblouit l’œil, Kerwich bouleverse l’âme. Le premier se repaît du monde quand le second lui échappe à jamais.
Platon aux temps anciens et François Cheng hier chantaient déjà l’union sacrée du beau, du bon, et du vrai, son indissolubilité ; et lorsqu’un des compères manque au trio, la vraie nature des deux esseulés devient douteuse et ferait soupçonner un artifice du grand illusionniste, un trafic, voire un crime; auraient-ils occis le compagnon de toujours pour imposer à eux seuls leur suprématie usurpée ?

“…C’est un peu ce que j’essayais de vous dire l’autre jour lorsque vous évoquiez votre difficulté à vivre avec le monde. Ne vous en laissez pas conter, Audrey, et avant que ne vous séduise le brillant d’une conversation, la maîtrise d’un discours, la grandeur d’une fonction, l’éclat d’une fortune, les cymbales d’une réputation, n’omettez de frapper à la porte du cœur de celui qui vous parle ; c’est en vous révélant sans fards ses ombres et ses lumières qu’il vous apprendra à faire confiance à votre boussole, à reconnaître pour mieux l’aimer votre géographie intime, le cap à suivre, les chemins vers votre Graal.

S’il est dans vos obligations de fréquenter le monde, qu’il ne vous égare pas, qu’il vous suffise d’en être instruite. Allez aussi de temps à autres vous baigner dans l’eau claire d’une belle âme, sur les rives ensoleillées du Nil ou du Jourdain, ne fréquentez qu’à bonne distance le rivage vaporeux du Léthé, et à votre seule convenance ; quant au Styx vous ne saurez ni le jour ni l’heure !
Car l’ultime et le meilleur en nous ne nous seront jamais révélés que par les beautés que nous aurons contemplées, sur la terre et dans les cœurs, que nous aurons fixées dans nos mémoires. Vous les reconnaîtrez à quelques signes simples….
Les premiers d’entre eux et peut être les seuls seront votre étonnement muet, la limpidité de votre regard, la chaleur dans votre poitrine, la tranquillité de votre souffle. Votre émerveillement.”

Huile sur toile par Sophie Dominique CAMEY, d’aprés Vermeer
“Veiller ou périr et le travail d’aimer. Ô petit ange des grèves…”
Embarquement pour Cythère
A Pauline je confiai le secret, elle saura le garder.
Très Chère Pauline,
Surtout ne le dites à personne. Ils ne comprendraient pas. Ce sera notre secret. Mon travail est d’entrer en amour avec vous, d’être amoureux, comme ils disent, sans tomber, sans que vous le sachiez, et sans me laisser foudroyer par l’éclair sauvage du désir… plus d’une poignée de secondes. Travail austère et singulier, magnifique, travail de moine, sans règle ni clôture, sans père prieur, je suis mon propre berger.
Si cette confidence que je vous fais devait être éventée, je sais que les nuques raides et bien pensantes regarderaient ailleurs sur mon passage, jureraient leurs Grands Dieux qu’on ne les y prendrait pas et voueraient aux gémonies l’abominable psy et son contre-transfert ; je serais ostracisé, banni de leurs pelouses toujours vertes et proprettes, aux fleurs bien rangées, (et seulement sur invitation). Les évêques et gardiens de la loi me poursuivraient devant leurs procureurs ; au moyen age ce serait le bûcher.
Savoir garder pour vous le brûlant secret sera le signe magique de votre liberté retrouvée… et du terme de notre travail.
En prenant ce matin le départ du « Vendée Globe », cette course folle et solitaire autour de l’Antarctique, Roland Jourdain confiait lui aussi son secret : « J’ai décidé d’être heureux, c’est bon pour la santé, et la meilleure façon de trouver le bonheur c’est de l’inventer. » J’ai donc décidé, moi aussi, d’être amoureux de vous, et la meilleure façon de l’être est de le devenir, de glisser mon bras sous le vôtre, ou, pourquoi pas, de ceindre votre taille ou vos épaules et d’embarquer pour
la Cythère céleste.
Nous voilà naviguant sur les mers vers le soleil levant de l’invisible. Nous apprendrons au fil des jours à tisser sur la chaîne du silence la trame des mots qui délivrent des faux Dieux, qui libèrent enfin le grand souffle océanique, qui fait quitter la terre. Voilà ce que seront ces heures d’étroite proximité, le seul usage que je ferai du temps passé à vos cotés.
Je marchais sur le rivage après les courses à l’épicerie du village, je regardais une aigrette se déhancher sur ses échasses, sur le limon, en quête de petits mollusques à déjeuner, toutes plumes blanches aux aguets ; j’entendis son cœur s’affoler, vis son regard inquiet ; sa petite tête aiguë pivotait en saccades sur le promontoire de ses ailes repliées, contrôlait son périmètre de sécurité. Ô petit ange des grèves, je crois que je t’aimais….
…de cet amour qui gonfle mes voiles quand je suis avec vous, quand vos yeux brillent sous la brise d’une émotion, quand votre poitrine se soulève juste avant le mot que vous n’osez dire, et qui finit par trembler sur vos lèvres, feuille d’automne dans la bourrasque. Ne criez pas au scandale chère Pauline, comprenez-moi, je n’étais plus qu’attention pure. je n’existait plus, J’étais.”






































