Lettre à l’éditeur (26 janvier 2013)

Bonjour Olivier,

Vos commentaires sur la Lettre à Lily m’ont incité à la relire avec d’autres yeux ainsi que l’ensemble du recueil et je vous suis déjà reconnaissant de m’avoir amené à ce retour vers les moissons d’antan.

Quelques réflexions me sont venues à cette relecture, je viens les partager ici avec vous.

A la lumière d’un ciel distancié le filigrane des Lettres transparait, rythmé par une alternance aléatoire de narration/spéculation architecturée (la terre) et d’effervescence onirique plus débridée (le ciel et l’océan). Les Lettres ne sont pas de pures fictions, elles ont pour la plupart leur enracinement dans un vécu personnel relaté puis retranscrit au travers du filtre subjectif de la dimension onirique. Il en résulte un flux/reflux océanique en relation permanente et étroitement intriqué avec le découpage intangible des côtes. Je dirais que l’univers des Lettres est celui de l’estran. N’est-ce pas aussi sur ce littoral entre deux mondes que prend vie le discours poétique, fait de sens de musique et d’images, qui, lorsque bien accordés, touchent l’âme au  plus vif sans que n’interfère le mental dualiste et réducteur.

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Photo d’Alexandra Inch

Narration temporelle et rêve intemporel me paraissent ensemble l’expression la plus complète de l’humain, la rencontre amicale du logique et du paralogique, de la raison et de l’imaginal, du conscient et de l’inconscient, de l’incarnation et de l’âme, du visible et de l’invisible. Nous sortons d’un siècle où ces deux dimensions se sont opposées (athée-croyant, religieux-laïque etc.) J’ose croire que ce nouveau juste éclos sera celui de leur fréquentation mieux apaisée, plus créative. C’est sans doute en ce lieu de convergence, les grèves, que se déroulera cette fécondation pour la mise au monde dans le XXIème balbutiant d’une spiritualité déjà annoncée par Malraux et son ami Jean Grosjean aux avant-postes.

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Photo d’Alexandra Inch

Les Lettres les mieux nées déambulent sur ces rivages du monde où se conçoivent les mythes, les archétypes et la pensée analogique génératrice de symboles, métaphores et paraboles. Car ces Lettres n’ont pas pour finalité de faire plaisir à leur auteur (même si elles le régénèrent), elles ont d’abord l’ambition d’être lues en invitant le lecteur à ne pas épuiser ses plus belles énergies dans la dualité des oppositions, au pire belliqueuses, stériles dans le meilleur des cas.

La Lettre à Lily n’échappe pas à ce rythme alterné : une première partie narrative/spéculative, rigoureuse et architecturée, presque carcérale sous la pression du cerveau gauche (la prison de l’école, de l’état, des questionnements binaires) mais qui finit par s’ouvrir dans l’espace du rêve éveillé induit dans un moment contemplatif (les oiseaux sur la neige) pour se résoudre enfin avec l’émergence d’une métaphore libératrice. Je propose que la neige soit le personnage central de la Lettre, l’élément conciliateur et transcendant. J’ai aussi souhaité accentuer le contraste entre ces deux moments (prison/libération) en modifiant la temporalité de l’avant dernier paragraphe pour en accentuer l’immédiateté. Je vous joins donc le nouveau texte réaccordé.

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Photo de Marie Billings 

Je vous confie pour la petite histoire avoir rencontré Lily à mon cabinet il y a quelques jours et qu’elle est l’auteur de la dernière phrase entre guillemets qui n’est donc pas de moi.

Bien à vous,

Marc B

Published in:Uncategorized ||on janvier 27th, 2013 |


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